A. V. D. L.

Artiste peintre, illustratrice, Anne Van Der Linden est bien connue des milieux underground. Sa peinture, relevant de l’art brut, de l’art singulier et outsider rappelle une esthétique alla Otto Dix entre autres nombreuses influences. Une peinture hyper sexualisée, grouillante, sauvage, où les bassesses humaines entrent en clash avec toute bienséance et norme sociale. Chimères et décadences sont de mise, tout le monde en prend pour son grade !

Préparez-vous à prendre une goutte d’acide sur la conscience ! Bienvenue dans les limbes de la chair !

Quel regard poses-tu sur la masculinité ? Comment fantasmes-tu l’homme et selon toi quel impact la société a-t-elle sur lui ?

Quand j’étais à l’école primaire, ça n’était pas mixte, on avait une cour en deux parties : partie filles et partie garçons. Pour moi c’était comme deux planètes différentes… avec l’attirance et la curiosité que cela engendre… Et aussi, le coté dangereux ! Si on avait fait une connerie on était punies en faisant le tour de la cour des garçons avec un panneau dans le dos : « Je suis une copieuse », « Je suis une bavarde » … Cette époque et ce genre d’éducation sont révolus mais dans un sens c’est une image assez juste des rapports hommes/femmes tels que je les ressens. Le grand mystère ! La barrière infranchissable !

Nous ne sommes pas des escargots ! Même si je revendique ma part d’androgynie, je pense que ça vaut le coup de se laisser aller à cet état d’indétermination sexuelle, ça fait des vacances, ça adoucit les rapports. Valérie Solanas avait peut être raison, la pacification de l’espèce humaine passe peut-être par cette case là. J’ai beaucoup illustrée la thématique de l’hermaphrodite. Dès que tu précises l’identité sexuelle dans une représentation tu rentres dans un jeu de rôles. La transidentité, l’indéfinition des genres permet de se dégager de ça, de représenter des êtres à la marge, ça colle mieux avec ce que je veux exprimer dans certains cas.

J’ai autant de fantasmes sur les hommes qu’ils sont différents, chacun avec leur façon d’être. En tous cas, je crois que je fantasme surtout l’homme muet ! Dès qu’ils parlent ça casse l’ambiance (rire). J’exagère à peine, non pas que je n’aime pas discuter avec des hommes, mais la clé de leur désir de pouvoir est sur leur langue ; du coup sexuellement ça oriente trop le jeu à mon goût. Dans la réalité je pense que les hommes sont programmés comme des coqs, attelés à leurs pulsions. Ça doit être lourd à porter, cette surdétermination. Je ne suis pas mécontente de ma « souplesse » féminine. La société attend beaucoup des hommes, et là aussi ça doit être un sacré poids. Tout comme il y a cette vieille idée que les femmes n’ont qu’à enfanter pour que leur existence se justifie. Un homme doit réussir, assurer la protection des siens, décider, bander… Depuis le siècle dernier ça a quand même évolué mais la pression sociale sur les genres reste encore bien là.

Comment t’es venu le thème du motif phallique dans ta peinture ? Quelles ont été les réactions auxquelles tu as du faire face ?

Je ne me souviens pas trop, je crois que ça tient beaucoup aux rencontres : Dans les années 90 j’ai participé à une exposition sur l’érotisme féminin organisée par la poétesse June Shenfield à la galerie Cannibal. Ça a été un tournant. J’avais aussi un copain qui était abonné à SM Magazine dont je recopiais les photos. J’ai fait des décors pour les spectacles du performer Jean-Louis Costes… des trucs comme ça. Et puis la bite c’est graphique ! Ça permet toutes sortes d’associations. J’ai commencé petit (petites bites) puis ça a pris de l’ampleur ! C’est devenu des bouquets de bites, des bites-serpents, des bites-intestins, des colonnes… un délire ! Ça m’a passé, l’âge sans doute, mais il m’arrive encore de faire des images sexuelles.

Mon style et mes sujets m’ont valu d’attirer les collectionneurs d’art érotique qui sont quand même une espèce assez à part ! Je suis consciente que mes images marquent, stigmatisent même ! Il y a sans doute aussi une part de libération personnelle, d’exutoire. Une fois le tabou évacué, je ne fais plus la différence entre peindre une bite et peindre une pomme. Techniquement les problématiques sont les mêmes.

Ma peinture à été censurée. J’avais exposé des dessins explicites dans une cellule de nonne, entre les portraits des sœurs, à l’ancienne abbaye de Saint-Denis (devenue musée laïque). Le tout fonctionnait du tonnerre ensemble ! Mais mes dessins ont été décrochés et relégués au grenier suite à une plainte du clergé qui avait à l’époque encore ses habitudes dans les lieux. La presse s’est emparée de l’affaire et ça a donné le premier article jamais écrit sur ce musée. D’où l’efficacité de la bite !

Quelques mots sur l’association du thème religieux et du sexe : blasphème ou religiosité du sexe ?

Je dirais plutôt religiosité du sexe, comme il l’était dans les religions archaïques. Le sexe dans son acception vitaliste.

Pour voir les œuvres d’Anne Van Der Linden en 2020

Expositions collectives

MONDO DERNIER CRI ! Une internationale sérigrafike. MIAM de Sète. Du 8 février au 20 septembre 2020.

LES CROCS ELECTRIQUES, Galerie Art’s Factory, Paris. A partir du 5 mars 2020.

OGRES & CROQUEMITAINES, musée des arts naïfs et singuliers de Laval. Du 16 mai au 31 octobre 2020.

Expositions personnelles

Galerie Frédéric Roulette, Paris. Du 12 mars au 21 avril 2020.

Les Pavillons Sauvages, Toulouse. Du 27 mars au 27 avril 2020.

Festivals Art & Musique

Ca-co fest’. Bari, Italie. & UE’ fest. Naples, Italie. Du 24 avril au 2 mai 2020.

http://www.annevanderlinden.net

Laisser un commentaire