Luce de Tetis est artiste plasticienne, elle vit et travaille à Paris.
Rencontre :
« La question du genre est le fil rouge de mon travail. Depuis 2015, après des années à m’être penchée sur la question de l’identité de la figure de la muse, je travaille sur le renversement de rôles Muse-Génie au prisme du genre. La femme est l’artiste, « LA » créateur et l’homme devient « LE » muse, sujet désirant et désiré. Des termes déjà tant clivés dans le langage courant.
Une telle approche me permet de saisir et d’exercer le pouvoir qui me revient en tant que femme-artiste. Le phallus est un sujet stimulant et je m’amuse à appliquer mon génie créateur à ce fétiche qui est sublimé en une fleur fragile. Je veux tenter de dépasser le paradigme du féminisme divisé et oeuvrer à une nouvelle aire où les hommes continuent de se sentir aimés, loin des clichés de castration. Valoriser l’homme participe à l’empowerment de la femme. Je crois profondément que la gente masculine est plus sensible que ce que le carcan de la société veut bien afficher. J’ai aimé mettre en avant la fragilité de l’homme dans ce travail car elle est souvent mal vue et donc refoulée. Le masculin et le féminin doivent avoir un échange réciproque, une bienveillance mutuelle, une relation en miroir mettant en valeur la puissance et la fragilité de l’un comme de l’autre. Oeuvrer à l’égalité, certes, mais tout en valorisant la singularité de chacun. La tâche est infinie et c’est toute la problématique relative aux études de genres. En somme ma démarche est pleine d’amour et je suis contre la misandrie.
Ce projet a été réalisé de façon intensive, instinctive et compulsive. Il s’inscrit dans une filiation logique avec le reste de mon travail. L’idée a germée lors d’une rencontre providentielle et intense. L’homme que je fréquentais, éminent et influent critique d’art, m’a poussée : « Vas-y éclate-toi ! Fais des “ conneries ” ! Des friandises ! ». Dans sa bouche, mordu de jeux de mots et d’esprit, “ conneries ” sonnait comme le petit nom du con féminin.
De cette incitation, je l’ai fait mienne en retournant la situation. En donnant un « tea time » intime et cocasse, une sorte d’installation de clôture -ou d’ouverture? La Chapelle Luce de Tetis dans laquelle j’ai dressé un autel couvert de friandises : les Epiphanies. Ce banquet était un autel votif plein d’espièglerie pour lequel j’entretiens le doute quant à de potentiels amants passés… ce sont aussi des trophées! Libre à chacun de préférer celle-çi ou celui-là.
La réception de cette série n’est pas dans la demi-mesure : ou on rigole et on célèbre les Epiphanies, ou on reste perplexe… Ce n’est ni frontal, ni offensif. Je cultive l’humour et j’ai beaucoup travaillé l’esthétique conjuguant beauté et délicatesse tout en cultivant malicieusement le kitsch : des couleurs pastels et la technique de la céramique, du biscuit, considéré comme « sous genre » dans l’art de la sculpture. La beauté et la sublimation sont des entités que j’ai à coeur de flatter afin de captiver le public. Ce, même si le sens profond échappe. Mais je dois bien dire qu’à l’époque, les Epiphanies ne plaisaient pas du tout à mes galeristes parisiens, qualifiant ce travail de provocation pornographique gratuite… L’exposition fut tout bonnement annulée! Cet événement n’a fait qu’enrichir les Epiphanies et a redoublé l’attention sur elles. Geneviève Fraisse est venue en personne les applaudir. Les Epiphanies ont fait office de catharsis vis-à-vis d’un monde de l’art qui peut être parfois machiste et condescendant. Attendant de nous, jeunes et jolies artistes, des « gentillesses » et des petites sculptures qui ne font pas de vague. Mais qu’importe les critiques, elles décuplent mes forces et le fascinus reste mon dada ! »



