TECHNOLOGIC

Achevée en mai 2014, il s’agit du projet de thèse de Peiqi Su, artiste chinoise vivant aux USA. The Penis wall est une sculpture relevant de l’art cinétique et consiste en 88 pénis érectiles imprimés en 3D stéréo-lithographique et répondant soit aux mouvements des spectateurs, soit aux fluctuations boursières grâce à des moteurs contrôlés par Arduino.

https://vimeo.com/140890989

Pour toi, que signifie parler de pénis pour une femme de nos jours ?

Mon passé en design interactif me pousse à voir le pénis comme une interface pleine de magie. Il peut être mou et petit ou grand et dur. Il se met en marche via les émotions et parfois est hors de contrôle. Le pénis répond aux interactions avec quelqu’un c’est complètement magique ! En un mot c’est une interface émotionnelle tangible. Le fait d’être une femme, dépourvue de pénis, me donne la liberté d’observer, d’imaginer et de comprendre le pénis comme un symbole.

Ton œuvre est-elle une réponse au Great wall of vagina de Jamie McCartney ?

Non, mais je respecte beaucoup The Great wall of vagina, qui a courageusement changé l’image du corps de la femme à travers l’art. Quand j’ai eu l’idée du Penis wall, j’ai ri, je ne pensais pas au corps ou au sexe des hommes, je me suis concentrée sur le pénis lui-même et à son potentiel interactif qui pourrait relier les spectateurs à l’œuvre.

Est-ce une critique du système patriarcal dans lequel nous vivons ?

Ce n’était pas le cas lorsque j’ai commencé la construction de l’œuvre. Puis j’ai commencé à montrer à des amis et à des étrangers les quelques premiers prototypes (des modèles simples de pénis uniques). J’ai été surprise des différentes interprétations que cette pièce générait. En regardant la pièce, certaines personnes pensent au système patriarcal et comment les hommes dominent les sphères telles que la politique, l’économie, l’armée et la science. D’autres pensent aussi au féminisme. Deux femmes travaillant pour des organisations féministes ont beaucoup appréciée mon travail et sont longtemps restées à l’observer. D’autres encore ont compris le pénis comme une allégorie de la vie, avec ses hauts et ses bas. Enfin, un ami m’a écrit que « c’était la dernière chose qu’il avait envie de voir dans une œuvre d’art mais que peut-être c’était ce qu’il avait BESOIN de voir » ! Quand j’ai exposé à la World Maker Faire de New York, il y avait beaucoup de makers curieux de voir la partie technique, l’arrière du Penis wall. Quand j’ai ajouté les fluctuations de la bourse, les gens ont tout de suite compris l’idée : chaque pénis représente une action. Si le cours d’une action monte, le pénis est en érection et vice versa. Un trader de Wall Street m’a aussi dit que c’était exactement le genre d’émotions qu’il ressentait quand il voyait les prix grimper, que parfois ça l’excitait même plus que le sexe, et blaguait sur le fait de remplacer les lumières rouge et verte des indicateurs boursiers par mes pénis érectiles. Bien sûr, tout le monde ne se réjouit pas devant ce travail. Certains font mine de se cacher les yeux en passant devant. Une personne choquée m’a un jour hurlée « Pourquoi faites vous cela ? » J’accepte ce genre de réactions comme étant une part du projet. En lui-même le Penis wall est incomplet, c’est l’interaction avec le public  et l’environnement qui en font une pièce riche et complète.

Quel est ton message personnel à travers ce travail ?

J’ai initialement crée The Penis wall par drôlerie, sur un ton léger et pour l’intérêt que je porte à cet organe humain si unique et controversé et de voir les réactions que cela créerait chez les gens.

Quelles sont les critiques négatives que tu as le plus souvent ?

Je ne pense pas qu’il y ait de mauvaise critique mais plutôt des émotions diverses : de l’embarras, un sentiment de discrimination ou de menace… mais de façon surprenante la plupart des réactions négatives viennent des hommes ! Généralement ils me questionnent sur ma motivation, pensant que je ne joue que de la provocation pour me faire connaître et que c’est un manifeste pour tourner les hommes en ridicule.

Ton travail a été relayé par beaucoup de presse, notamment sur internet. Comment vis-tu cela ? Est-ce que ça a changer les choses, en bien ou mal, pour ton travail ?

Le lendemain de la première présentation du Penis wall une amie m’a appelée pour me dire que c’était en première page du Huffington Post. J’étais vraiment surprise. J’ai cherché sur internet et j’ai trouvé de plus en plus de choses, je ne m’attendais vraiment pas à une telle exposition médiatique ! Cette presse est une chance de partager The Penis wall avec une audience plus large, d’avoir des retour de différentes personnes, de différentes cultures et d’être invitée dans des expositions et musées. C’est une expérience infinie, presque comme voir un enfant grandir !

Ne crains-tu pas que les gens se souviennent de toi comme la « l’artiste au Penis wall » ?

Non !. Mes collègues m’ont baptisée « the Penis wall’s girl » sur le ton de la plaisanterie et me m’étaient en garde si un jour je passais un entretien pour du travail et que l’on me reconnaissait !

Que penses-tu des femmes artistes qui traitent du symbole phallique dans leur travail ?

Je respecte profondément leur courage et engagement à travailler sur un sujet controversé, leur capacité à surmonter les pressions culturelles, familiales, médiatiques. J’aimerais qu’il soit possible de parler librement de pénis. On voit tant de seins et de corps féminins, c’est tellement devenu une partie de notre culture, alors pourquoi pas les pénis ?!

Penses-tu de nouveau travailler sur le sujet  et quels sont tes projets à venir ?

Oui ! J’adorerais continuer à travailler sur cette œuvre, d’explorer de nouvelles interactions, de l’améliorer et d’aboutir aussi à de toutes autres nouvelles œuvres. J’ai soumis une proposition de créer une lustre à pénis qui consisterait en 30 ou 40 modules. En allumant la lumière les pénis se redresseraient et s’éclaireraient  en l’éteignant ils retomberaient et s’éteindraient. Je travaille aussi à la création d’un pénis en métal plaqué en or 18 carats explorant les questions d’audace et de sentiment de pouvoir inhérentes au symbole phallique. Je suis toujours en recherche d’endroits où exposer. Un commissaire d’exposition de la « Beijing Media Art Biennale » était intéressé mais ça risque de ne pas se faire compte tenu du sujet. Je n’aurais pas pu créer une telle oeuvre si j’avais encore été en Chine mais au fil du temps des gens là-bas en ont entendu parler et apprécient mon travail, heureusement les choses changent un petit peu ! J’aimerais bien avoir une opportunité d’exposer en Europe.

Cet article est paru originellement au sein du Bateau Magazine.

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